La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Jude In The Sky
Je ne suis pas folle, vous savez
Tour du web | 01.02.2016 - 18 h 44 | 2 COMMENTAIRES
Sur le web: Des réfugié.e.s à la fac, Shakespeare et le cannabis, les X-Files en vrai…
Gillian Anderson The X-Files

La richesse d’internet est aussi son plus gros inconvénient. Pas toujours simple de faire le tri, de décider ce qui vaut la peine d’être lu et qui ne sera pas juste une 53e version de cette histoire qui circule sur Twitter. Outre Yagg (dont tous les articles sont évidemment indispensables), voici une petite sélection de mes lectures de ces derniers jours.

(suite…)

Perso | 21.11.2015 - 13 h 23 | 12 COMMENTAIRES
17 septembre 1982
attentat lycee carnot 17 septembre 1982

Alors voilà, un jour tu as 11 ans et ta famille a déménagé alors tu fais la rentrée de 5e dans un nouveau lycée. Tu as un an d’avance et tu mets du temps à grandir alors tout le monde est plus grand que toi, même les petits de 6e qui ont ton âge. Tu as l’habitude mais ce n’est pas simple pour autant.

Tu n’as pas encore eu le temps de te faire des ami.e.s (ça non plus ça n’est pas simple) ni de te repérer dans ton lycée que tout bascule. Un jour, tu es en cours de travaux manuels (encore un truc pas simple), dans une des salles du sous-sol. Vous découpez au cutter des formes dans un carton épais et gris pour faire un puzzle. Soudain la prof, qui doit être une sorte de super-héroïne qui entend les bruits avant qu’ils ne se produisent, hurle «Couchez-vous!». Et là tout explose, le bruit est assourdissant, les vitres se brisent toutes sauf un carreau (17 sur 18? Tu les recompteras plusieurs fois dans les mois qui suivent, tu te souviendras pendant des années du chiffre exact, jusqu’au jour où finalement, non). Vous sortez tou.te.s en courant, vous vous retrouvez sous la verrière Eiffel puis dans la cour sans doute, tu ne sais plus très bien. À un moment on vous dit que vous pouvez retourner chercher vos cartables mais tu ne veux pas redescendre. Un garçon de ta classe te remonte le tien en même temps que le sien. Ça sent le gaz, te semble-t-il.

Vous sortez dans la rue, c’est la pagaille. Tu aperçois ton grand-père au loin, il ne te voit pas, il est très grand, et toi non. Tu t’approches, tu l’appelles, il finit par baisser la tête et te ramène à la maison. Il racontera plus tard qu’il était en train de boire un verre en terrasse et qu’avec la détonation, sa table s’est déplacée de plusieurs mètres. Vous appelez ta mère, la rassurez, tout va bien. Puis vous allez chercher ton frère à l’école primaire, pas loin. Il y a deux chemins, vous vous séparez pour ne pas prendre le risque de le manquer. Il est en larmes, la fille d’une des instits était au lycée et s’est réfugiée à l’école. Les enfants savent qu’il y a eu une bombe, mais c’est tout. Un de ses copains, avec l’innocence de ses 9 ans, lui a demandé «Tu fais quoi si ta sœur est morte?»

Ta tante, réfugiée politique argentine, t’offre un bracelet, celui que lui avait offert son premier petit-ami. Elle sait ce que c’est d’avoir peur quand un pot d’échappement crachote un peu fort. Tu porteras ce bracelet pendant longtemps, et puis un jour, parce que tu as 11 ans, tu le perdras.

On te donne du sirop pour t’aider à dormir et chasser les cauchemars, qui de toute façon ne viendront pas.

Pendant le reste de ta scolarité ou presque, tu ne verras plus la cour vide, des salles préfabriquées viennent remplacer celles que l’explosion a endommagées.

«Ton» attentat, c’était le 17 septembre 1982. Tu le sais parce que tu as vérifié. Toi qui as une grande mémoire des dates, celle-ci, elle ne rentre pas. Une voiture piégée qui visait un membre d’une antenne commerciale de l’ambassade d’Israël a explosé rue Cardinet, le long du Lycée Carnot.

Quelques mois, quelques semaines auparavant, d’autres attentats ont eu lieu, notamment celui de la rue des Rosiers, en août. Douze autres seront commis entre 1983 et septembre 1986.

Un jour, tu as 24 ans, une bombe explose à St-Michel. On est en juillet 1995. Tu te réveilles la nuit en sueur, les cauchemars se répètent. C’est en tout cas ce que t’a raconté l’amour de ta vie, parce que toi, aujourd’hui, tu ne t’en souviens plus. Ce dont tu te souviens, c’est de cette incapacité à prendre le métro. Tout en sachant qu’il est tout aussi facile de faire sauter un bus. Mais tu es claustro et là, au moins, tu vois dehors. Là aussi, les attentats vont par vague. Place de l’Étoile, boulevard Richard-Lenoir, Port-Royal. À cette époque, l’homme le plus recherché de France s’appelle Khaled Kelkal. Il est né le même jour que toi.

À la télé, ton amour entend qu’une cellule d’aide psychologique est ouverte à l’hôpital St-Antoine, elle prend rendez-vous pour toi. Tu y vas, on t’oriente vers la consultation de maladies mentales et de l’encéphale de Ste-Anne. Pendant des mois, tu réapprends à respirer. À vivre avec. Par étapes, tu retournes sur le quai du métro, puis dans le métro lui-même pour une station, puis deux, puis trois. Tu recommences à te déplacer à peu près normalement. Des années plus tard, il t’arrive encore d’avoir besoin de sortir précipitamment d’un métro lorsque tu as l’impression que quelque chose cloche. Avec toujours ce même sentiment d’impuissance, de culpabilité (et si c’était vrai? et si le métro sautait avec tous ses passagers alors que toi tu es sortie?) et de ridicule (faut arrêter la parano, un peu).

En janvier 2015, Charlie Hebdo, Montrouge, l’Hyper Casher à côté de chez toi. Bizarrement tu ne réagis pas. Bien sûr tu es triste, bien sûr tu es solidaire, bien sûr tu es en colère. Mais de façon détachée, comme si tu n’étais pas directement concernée, comme si c’était loin. Tu es surtout effrayée de la résurgence d’antisémitisme bien-pensant qui traverse la société française. Jamais jusqu’ici tu ne t’étais sentie étrangère dans ton pays. Tu te dis, avec un brin d’ironie, que c’est une bonne occasion de checker tes privilèges. Et la vie reprend. Quelques semaines plus tard, le burn-out qui menace depuis les débats sur le mariage (merci la «Manif pour tous») te rattrape, tu t’arrêtes quelques semaines. Puis tu reviens, tu recommences, tu continues.

Jusqu’à ce 13 novembre. Pendant le week-end, sans doute parce que ton enfant est là, tu avances. Lundi, puisque des ami.e.s vous ont prêté leur voiture, ton amour propose de t’accompagner au bureau pour t’éviter l’angoisse du métro. Vous passez devant le Comptoir Voltaire. Vous vous préparez à tourner à 50 mètres de La Belle Équipe. Mais en fait non, parce que tu ne peux pas descendre de cette voiture. Voilà, ça fait une semaine que tu ne fonctionnes plus, que les aiguillages ne se font plus dans ton cerveau, mais que tu lis tout, regarde tout, veut tout savoir, tout cadrer. Et tu sais pourtant au fond de toi que tu es quelqu’un de joyeux, quelqu’un de fondamentalement heureux et d’optimiste (quoiqu’un brin fataliste). Tu sais qu’à un moment, c’est ce qui reprendra le dessus. La question, c’est simplement de savoir quand.

[mise à jour] Le bracelet n’est pas perdu, c’est ma mère qui l’a <3 Ma mère qui, après avoir lu ce post, précise: «Je suis rentrée en voiture de l'autre côté de Paris, tout était bouclé, je ne pouvais pas me garer, alors je l'ai laissée au milieu de la rue, un flic m'a dit vous ne pouvez pas la laisser là, je lui ai tendu les clefs et je me suis barrée». Re-<3

J'aime/J'aime pas | 08.11.2015 - 15 h 36 | 9 COMMENTAIRES
Valérie Pécresse et la «théorie du genre»

En campagne, apparemment, il faut faire feu de tout bois pour se faire élire. Même si cela implique d’employer des méthodes indignes d’un débat républicain (sans jeu de mots). Avec ce tract, distribué actuellement en Ile-de-France, Valérie Pécresse, candidate Les Républicains/UDI/Mouvement démocrate, montre qu’on n’en a pas fini avec la «théorie du genre» (dont on rappellera qu’elle n’existe pas et que ce qui est attaqué par ce biais, c’est la lutte contre les stéréotypes de genre et l’égalité homme/femme).

tract pecresse'

Au-delà du fait qu’il est désespérant de voir des femmes et des hommes politiques qui sont censé.e.s agir pour rendre la société meilleure et plus vivable attiser les peurs et la haine de l’autre, il est intéressant de noter que non seulement la «théorie du genre» n’est pas définie mais qu’en plus, la phrase – «Plusieurs dizaines de milliers d’euros pour promouvoir la théorie du genre» – est on ne peut plus vague (contrairement aux autres subventions remises en cause).

Même si cette façon de faire campagne ne devrait pas nous étonner de la part de quelqu’un qui a marché en souriant aux côtés de la «Manif pour tous» pour nier à une partie de la population des droits égaux (je n’ai toujours pas compris en quoi cela leur posait problème, ça me dépasse), le bisounours en moi espérait qu’on était passé à autre chose. Raté.

Vidéo | 08.09.2015 - 16 h 58 | 1 COMMENTAIRES
Les athlètes, les douches et «The Daily Show»

Il y a un an presque jour pour jour, la chronique Terrains de Jeux de Yagg évoquait la polémique provoquée par une journaliste de la chaîne ESPN. Lors d’un reportage sur Michael Sam, qui avait fait son coming-out quelques mois auparavant, elle avait insisté sur les douches et le rapport entre le footballeur américain et ses coéquipiers dans ce contexte.

«Déluge de réactions dont la colère du coach des Rams Jeff Fisher, écrivait alors Bénédicte Mathieu. Parmi elles aussi, le tweet de Chris Long, l’un des collègues de Michael Sam aux Rams, résume bien la teneur de celles-ci: “Chère ESPN, tout le monde est passé à autre chose sauf vous”.»

The Daily Show en avait tiré un sketch très réussi, dans lequel il était conseillé à Michael Sam d’avoir «le comportement d’un joueur hétéro de la NFL dans un vestiaire: pincer des culs, tordre des bites, attraper des couilles». Pour définir ce comportement normal, Samantha Bee s’appuyait sur un bestseller de 2008, qui décrivait les troisièmes mi-temps des Dallas Cowboys.

Depuis l’interview de Gareth Thomas par Thierry Demaizière sur TF1, je ne cesse d’y penser, le voici donc:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Sam’s Scrub

Et si vous voulez une vraie belle rencontre avec Gareth Thomas, je vous conseille (évidemment) le portrait qu’a rédigé Bénédicte Mathieu.

Vidéo | 09.06.2015 - 15 h 50 | 0 COMMENTAIRES
Désormais Barbie a le droit de porter des talons plats
Barbie

À son âge, on pourrait espérer que Barbie porte ce qu’elle a envie de porter, mais quand on est une poupée en plastique aux dimensions étranges et déséquilibrées, on ne décide pas toujours. alors ça fait plaisir (pour elle et les enfants qui vont jouer avec la nouvelle collection) de voir qu’elle n’est plus en permanence sur la pointe des pieds. D’après Cosmopolitan, la nouvelle Barbie existera en plusieurs versions, et notamment en 8 teints de peau différents et une vraie diversité de coupes de cheveux.

Et puis il faut reconnaitre qu’elle a la classe en costard-cravate dans les rues de New York:

En coulisses:

Uncategorized | 23.04.2015 - 17 h 18 | 0 COMMENTAIRES
Le Festival de musiques de femmes du Michigan et moi

Cet été se tiendra le 40e Festival de musiques de femmes du Michigan. Ce sera aussi le dernier, comme je viens de l’écrire sur Yagg.

Et j’ai 2 regrets dans cette histoire. Le premier, c’est que le festival s’arrête avant de s’être officiellement ouvert aux femmes trans’. Les discussions semblaient en voie d’enfin pouvoir peut-être donner quelque chose. Au bout de 20 ans, il était temps…

Mon second regret est que les organisatrices n’aient pas réglé le problème plus tôt, aient laissé la situation pourrir, et pourrir le festival. Parce que c’était vraiment un beau projet, et que, pour y être allée 2 fois (j’étais naïve à l’époque, je n’ai même pas vu qu’il y avait un problème de non-inclusion), je dois admettre que c’était un endroit à part, où nombre de femmes venaient, comme le dit Lisa Vogel, «poser le fardeau de la misogynie» à laquelle elles étaient confrontées au quotidien.

J’y ai rencontré des femmes pour qui cette semaine représentait le seul moment de liberté de l’année, le seul moment où elles pouvaient vraiment être elles-mêmes (notamment être lesbiennes et heureuses de l’être). J’ai assisté à des concerts assez géniaux (BETTY, Leisha Heiley et The Murmurs avant Uh huh her, Tribe 8…), participé à des ateliers surréalistes (le passage à l’an 2000 et la nécessité de se munir de crayons à papier de M&M’s comme monnaie d’échange en cas de bug mondial, par exemple, grand souvenir).

En tant que journaliste et à titre personnel, j’ai toujours milité pour la mixité, quand j’étais à Têtu et depuis plus de 6 ans maintenant avec Yagg, mais je ne suis pas contre quelques parenthèses de non-mixité par-ci par-là, comme des respirations dans la vie de tous les jours. Dans d’autres circonstances, j’y aurais bien emmené ma fille, parce que c’était une expérience exceptionnelle, une célébration de la femme en tant que femme, de la fille en tant que fille. Ce qui aurait bien sûr pu inclure les femmes et les filles trans’, permettre au plus grand nombre de bénéficier de ce sentiment rare et un peu fou d’être à sa place, entourée.

Photos | 23.03.2015 - 14 h 02 | 0 COMMENTAIRES
Sleater-Kinney à La Cigale: quelques photos (et vidéos)

Étiquettes :

J’ai eu la chance vendredi dernier (le 20 mars) d’assister à l’un des meilleurs concerts que j’ai vus jusqu’ici. Sleater-Kinney, qui vient de sortir son premier album en 10 ans, était à la Cigale à Paris, et pour une fois je m’y étais prise à temps pour acheter mes billets.

Super ambiance, super musique – le nouvel album, No Cities To Love, est à la hauteur des précédents –, super tout. Carrie Brownstein et Corin Tucker ont eu un peu de mal à communiquer avec le public, visiblement pas hyper à l’aise en français et n’osant pas trop ne parler qu’anglais, mais elles se sont vite détendues et l’essentiel est passé par leur musique et leur très évident bonheur d’être là. Bonheur partagé, puisque le public a réclamé un second rappel – le premier de la tournée, a précisé Carrie Brownstein.

Ces moments où tout le monde est content, avec de la générosité des deux côtés, sont suffisamment rares pour qu’on essaie de s’en souvenir le plus longtemps possible, même avec des photos un peu floues prises à l’arrache avec un iphone:

Et en vidéos:

Icônes | Vidéo | 13.03.2015 - 18 h 12 | 2 COMMENTAIRES
En cuisine avec Kate Moennig
Kate Moennig Liz Feldman

Étiquettes : , ,

Si vous ne connaissez pas This Just Out, avec la talentueuse Liz Feldman, cette vidéo devrait vous donner envie d’aller jeter un œil. Kate Moennig y cuisine un poulet à la bière (so butch), et même la main dans le poulet elle est ultra sexy. Si vous parlez anglais, vous apprécierez les échanges et mes jeux de mots un peu limites. Si vous ne comprenez pas l’anglais, c’est peut-être le moment de vous y mettre. En plus, le poulet a l’air délicieux.

Perso | 22.02.2015 - 18 h 36 | 22 COMMENTAIRES
Mais d’où voulez-vous que je sois?
"juifs de france"

Je crois que je ne me suis jamais autant sentie mise à l’écart de la société qu’en ce moment. Même la «manif pour tous» et les horreurs homophobes qu’on s’est prises dans la figure ne m’ont pas donné cette impression, à ce point-là. C’est dire. Peut-être parce qu’au moins dans ce combat-là, celui pour l’égalité des droits, je sais où je me situe, je sais qui est avec moi, qui est contre moi. Alors que là, j’ai surtout le sentiment d’être «à côté». Le message est transmis de façon sournoise, insidieuse, personne ne m’a dit «toi, tu ne fais plus partie de la République à partir de maintenant». Rien de frontal, rien de violent. Un éloignement discret.

Je ne me suis jamais vraiment sentie juive, pas au sens religieux en tout cas. Culturellement, oui, bien sûr. On n’échappe pas à son histoire familiale. L’un de mes grands-pères s’est évadé du dernier train pour Auschwitz. L’autre est rentré à pieds du camp de Kobierzyn. Ce ne sont pas des histoires auxquelles on a envie d’échapper, au contraire je suis très fière d’eux. Mais le fait que je sois juive est culturel, familial, pas religieux. Je ne fête qu’une fête, Hanouka, parce que j’aime les lumières dans la nuit de l’hiver. Décembre, chez moi, c’est le mois des lumières, et j’aime particulièrement quand Hanouka et Noël tombent à des dates proches et qu’on peut les enchaîner.

Et si je n’ai pas mangé de porc à un moment de ma vie – moi qui ai été élevée au jambon-coquillettes comme la plupart des enfants de ma génération –, ce n’est qu’officiellement parce que j’étais juive (en réalité c’est parce que j’étais en colonie de vacances en Angleterre et que ceux qui ne mangeaient pas de porc allaient au Kentucky Fried Chicken, ce qui était bien plus appétissant). C’est ensuite devenu une habitude. Je suis une femme d’habitudes, je vis par mes habitudes, je me définis par mes habitudes. Je suis ce que je fais. Lorsque j’ai finalement cessé de ne plus manger de porc, c’était pour d’aussi mauvaises raisons que celles pour lesquelles j’avais cessé d’en manger. J’ai en revanche été végétarienne bien plus tard, pour de bien meilleures raisons, mais beaucoup moins longtemps.

Et si j’ai porté pendant longtemps une étoile de David autour du cou, c’est parce que je ne voulais pas avoir peur de la porter. Je ne voulais pas céder à la tentation de la cacher. Je ne me sens pas très souvent juive mais je n’ai pas non plus honte de l’être. Plus tard, une croix huguenote est venue s’associer à la maguen, toujours pas pour des raisons religieuses, plutôt pour des idées philosophiques. Aujourd’hui je ne porte ni l’une ni l’autre, mais elles reviendront peut-être un jour.

Je suis – notamment mais pas seulement – de culture juive, d’origine juive. Sur les pas de mon frère, j’ai un temps essayé d’être plus, mais ce n’est pas pour moi. Ça s’est assez facilement arrêté là. Jusqu’à aujourd’hui, où j’ai quasi constamment l’impression qu’on me rappelle que je suis juive. Et franchement, ça me fatigue. Et ça m’inquiète. Je suis fatiguée et inquiète des appels de Netanyahu à émigrer en Israël, un pays qui m’est aussi étranger que le Brésil, ou la Chine. Je ne suis jamais allée en Israël, je ne sais pas si j’irai un jour. Ce ne sera en tout cas jamais mon pays, ce n’est pas celui qui me fait rêver quand j’ai des envies d’ailleurs. Fatiguée et inquiète, aussi, qu’on parle des juifs «de France». Mais d’où voulez-vous que je sois? Mon côté utopique préférerait que je sois citoyenne du monde, mais – pour l’instant en tout cas – ça ne fonctionne pas comme ça. Je suis donc française. De Paris.

Fatiguée et inquiète, enfin, d’avoir le sentiment de faire désormais partie malgré moi non plus du «nous» mais d’un «eux» que j’ai du mal à définir. Pour la première fois de ma vie.

NB: J’ai écrit ce texte pour partager un ressenti qui m’a prise par surprise. C’est le mien, peut-être est-il partagé par d’autres, mais je n’en sais rien et ne me risquerai pas à prétendre à une quelconque universalité. Je n’ai pas non plus voulu, en publiant ce texte, vouloir faire penser que ce que je ressens actuellement est proche de ou comparable à ce que ressentent sans doute des millions de personne en France et ailleurs depuis des années, des dizaines d’années, en raison de leurs origines sociales, géographiques ou culturelles, ou en raison de leur religion. Ça l’est peut-être, mais là non plus, je n’en sais rien, et ce n’est pas à moi de l’affirmer.

EDIT (23/02, 10h): Comme je l’ai écrit ailleurs, si j’ai finalement décidé de publier ce texte sur ce qui jusqu’ici pour moi était un non-sujet, c’est parce que si des gens comme moi en arrivent à ressentir directement ce malaise (et non par solidarité, ou empathie ou je ne sais quoi), c’est qu’on est vraiment mal barrés. Je suis exactement le type de personnes qui, si on oublie un instant que je suis lesbienne, ne devraient pas se sentir en marge dans la société actuelle: CSP+, blanche, cis, avec un travail, un logement, un cercle familial, amical et social solide etc.
Ce texte, c’est une nouvelle fois une façon de laisser sortir ma colère (ça va mieux en le disant), mais aussi un cri d’alarme, envers moi-même et quiconque voudra l’entendre. On sait déjà que notre monde part très fort en sucette, et si on veut tenter de le remettre d’aplomb, je crains que ce ne soit maintenant ou jamais. Parce que quand ce qui semblait solide et acquis se met à trembler, on n’est pas loin de tout voir s’écrouler. Serons-nous capables, ensuite, de reconstruire? Quand je nous regarde aujourd’hui, je n’en suis pas très sûre.

Bestioles | Photos | 15.02.2015 - 11 h 11 | 2 COMMENTAIRES
Rencontres au Bois de Vincennes

À côté de chez moi, il y a l’un des deux bois de Paris. Et dans ce bois, il y a des oiseaux. Dont des perruches à collier. Mercredi il faisait beau, j’ai fait quelques rencontres. Et beaucoup de photos. J’en partage ici sans doute trop mais j’aime trop cette lumière pour pouvoir vraiment choisir (et encore, j’en ai encore PLEIN). Et puis ça change des chats.

 

Et un bonus pour @celine-l:

corneille

Publicité